Ils sont quatre pays à disputer leur premier mondial, à l’occasion de cette 23ème édition de la Coupe du Monde de la FIFA. Parmi eux, le Curaçao.
Le football à Curaçao
156 000. C’est le nombre d’habitants sur l’île de Curaçao. Situé au large des côtes brésiliennes et surinamaises, Curaçao est un nain géographique. Pour vous donner un ordre de grandeur, sa superficie est comparable à celle de la Principauté d’Andorre. C’est d’ailleurs le plus petit pays (en nombre d’habitants) de l’histoire à participer à une Coupe du Monde. Autrefois repère de corsaires et pirates en tous genres, cette île des Caraïbes a longtemps vécu sous le joug européen. D’abord les portugais, puis les espagnols et enfin les néerlandais, Curaçao tient d’ailleurs son nom du portugais. Un dérivé probable de « coraçao » qui signifie « cœur ».
La sélection curacienne est très spéciale. Héritière d’un lourd passé colonial, les liens qui unissent le pays avec le Vieux Monde sont encore très forts. A tel point que le pays n’est autonome que depuis 2010 et la dissolution de la fédération des Antilles néerlandaises. L’île reste cependant rattachée au sein du royaume hollandais. Et vous allez voir, cette filiation avec les Pays-Bas irriguent toutes les strates de la sélection curacienne…
Tout d’abord, une anecdote. Aussi folle et surprenant qu’elle ne puisse paraître, 25 des 26 joueur de la « Blue Wave » sont nés aux Pays-Bas ! Ils ont pour, la plupart, fait leurs armes dans les centres de formation des équipes d’Eredivisie. L’unique joueur né sur l’île de Curaçao, est Tahith Chong, milieu offensif star de la sélection.
Et cerise sur le gâteau, le sélectionneur est lui aussi néerlandais. En effet, l’intéressé se nomme Dick Advocaat. Bien connu de plusieurs clubs européens dans lesquels il a vadrouillé. Il a même entrainé la sélection hollandaise ! A 78 ans, Advocaat s’est donc offert un dernier challenge fou… Qualifier Curaçao à la Coupe du Monde ! C’était un soir de novembre 2025, à Kingston, en Jamaïque, après un match nul (0-0) lors de la dernière journée des qualifications de la zone Concacaf, contre les « Reggea Boys« .
Quel style de jeu ?
4-3-3 ou 4-2-3-1. Ce sont les deux schémas tactiques préférentiels d’Advocaat. Grâce à une équipe très équilibrée, la « Blue Wave » a réalisé une campagne qualificative sans concéder la moindre défaite en dix rencontres.
En phase offensive, les curaciens jouent haut. Durant les matchs de qualification, ils ont su étouffer leurs adversaires et profiter de leur supériorité technique pour marquer en premier.
L’atout majeur de Curaçao, ce sont ses binationaux. Ils permettent, de par leur pedigree européen, d’ajouter immédiatement de la qualité à cette petite sélection. Et voilà que Curaçao se donne la possibilité de jouer un football offensif et plus axé sur la technique que ce qui pouvait se faire traditionnellement dans les sélections des Caraïbes.
Parmi les joueurs à suivre, il y a bien sur le créatif Tahit Chong, qui évolue désormais du côté de Sheffield United en Championship. Leader technique de son équipe, il a la lourde responsabilité d’animer le jeu et de distribuer le jeu. Il sera épaulé des frères Bacuna : Leandro et Juninho, joueurs historiques du Curaçao.
Autre joueur à suivre, le jeune Livano Comenencia du FC Zürich. A 22 ans, il peut être l’une des belles surprises de cette compétition.
Alors certes, Curaçao bénéficie peut-être du plus beau maillot de ce mondial. Mais regarder la sélection curacienne cet été, c’est aussi la garantie d’un joli spectacle sur le terrain.
Le « groupe E » : pas le bon cocktail
S’il faut louer le football offensif pratiqué par Curaçao, il faut cependant émettre un bémol. Et pas des moindres. Dès qu’un adversaire impose un rapport de force physique, la « Blue Wave » se noie. Et dans un groupe E, considéré comme l’un des groupes les plus denses, il sera difficile de lutter face à l’intensité des allemands, à la rapidité des ivoiriens et la dureté des équatoriens.
Le match amical disputé contre l’Écosse a mis en avant le différentiel physique opposant cette sélection, aux nations rompues aux matchs de haute intensité. Quand bien même, les écossais sont réputés pour leur engagement physique total, notamment dans le secteur aérien, comme le témoigne cette image.

S’il faut être honnête, ce groupe E a tout du cocktail explosif pour Curaçao. Prendre un point dans ce mondial serait déjà exceptionnel. Mais après tout rien n’est écrit à l’avance. Le Curaçao peut éventuellement surprendre. Mais il va surtout partir à l’abordage de ce mondial avec la joie et l’enthousiasme du pirate qui prend la mer pour la première fois.
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