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La France doit vendre ses incroyables talents

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Dans un contexte où les droits TV pour la saison 2026-2027 sont annoncés comme inférieurs à la saison en cours, les clubs français doivent anticiper ce manque à gagner.

C’était le sujet de l’une des dernières vidéos Youtube du journaliste Romain Molina. La santé économique du football français est fragile. C’est pourquoi, en France, le mercato hivernal en cours, est davantage un exercice de dégraissage plutôt qu’une fenêtre d’investissements. Nos clubs professionnels ont besoin de liquidités. Money, money, money, comme le dirait la chanson… Et ce qui rapporte le plus sur le marché des transferts, c’est la vente de jeunes joueurs.

Vendre, pour palier à un modèle économique balbutiant

Le football français et l’endettement, c’est un peu comme une histoire sans fin. Depuis la saison 2017-2018, la Ligue 1 est structurellement déficitaire, comme le montre ce graphique de la Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG), publié dans un article de l’Express en mars 2025.

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État des lieux du déficit structurel des clubs de Ligue 1 – DNCG – L’Express

La plupart des clubs sont donc contraints de vendre régulièrement leurs joueurs les plus valorisés. Aussi, le mot « d’actif financier » est de plus en plus employé dans le jargon footballistique pour qualifier un joueur. Les logiques entrepreneuriales sont de plus en plus monnaie courante dans le football moderne. D’une entité culturelle et symbolique, le club de football est devenu un produit économique. Un produit qu’il faut développer et qui doit être avant tout rentable, pour celui qui le détient. C’est pourquoi, de nombreuses ventes de joueurs sont désormais privilégiées. Une logique qui fait fi de la cohérence sportive ou bien de l’affect des supporters.

La Ligue 1 n’échappe malheureusement pas à ce phénomène. Bien au contraire ! Très, voire trop longtemps, dépendant des revenus des droits TV, notre championnat n’a pas su construire un modèle économique viable. Face au durcissement annoncé de la crise pour la saison 2026-2027, nombreux sont les clubs à essayer de limiter la casse.

Comment ? Grâce à notre modèle de formation. On ne compte plus la quantité de jeunes joueurs qui explosent chaque année en Ligue 1 et même en Ligue 2. La France sait créer et développer ses talents. Un savoir-faire devenu vital ! Certains clubs sont mondialement reconnus pour la qualité de leur centre de formation. On peut penser à l’Olympique Lyonnais, longtemps maître en la matière. Mais récemment, c’est le Stade Rennais qui s’est montré être une véritable usine à talents. Et cet hiver encore, les jeunes bretons affolent le marché.

« Millions dollars babies »

En Bretagne, les rennais s’apprêtent à vivre deux départs. Le premier, et le plus probable à l’heure actuelle, est celui de Jérémy Jacquet. Le jeune défenseur central de 20 ans est d’accord contractuellement avec Chelsea. Le club londonien serait en négociations avancées avec Rennes. Un transfert record est espéré !

Jérémy Jacquet s’est imposé comme l’un des tous meilleurs joueurs à son poste en Ligue 1. Cette saison, il a joué 16 matchs de championnat, pour 16 titularisations et plus de 1400 minutes disputées. Il est l’homme de base de la défense d’Habib Beye, son entraineur. Formé à Rennes, Jacquet impressionne de par sa sérénité, sa science du placement et sa couverture défensive.

Mais ça n’est pas le seul départ possible côté rennais ! Muhamed Kader Meïté est lui aussi pisté. Le club saoudien d’Al-Hilal, serait prêt à débourser 40 millions d’euros pour le jeune attaquant de 18 ans. Il est l’auteur d’un début de saison intéressant avec 3 buts et 2 passes décisives en un peu moins de 500 minutes. Si transfert à ce prix il y a, on pourrait comprendre la décision de la direction rennaise de se séparer d’un grand talent, certes, mais avec peu de référence au très haut niveau.

Dans l’ouest de la France toujours, un autre club est en passe de réaliser la plus grosse vente de son histoire : Angers. En effet, les angevins ont reçu une offre pour leur jeune attaquant star, Sidiki Chérif. Les anglais de Crystal Palace sont près à débourser une vingtaine de millions d’euros. Offre pour l’heure refusée, mais nul doute qu’un départ est à venir pour Chérif. Sur sa première demi-saison en professionnel, il est devenu l’atout offensif numéro un de son club avec plus de 1100 minutes disputées.

Enfin, le dernier « millions dollars baby » à faire parler de lui, est le seul joueur de cette liste non-exhaustive, à avoir d’ores et déjà quitté son club. Il s’agit du néo-buteur de la Roma : Robinio Vaz. C’est aussi le seul de cette liste à ne pas être issu du centre de formation de son club vendeur. Arrivé sur la pointe des pieds à l’Olympique de Marseille, à l’été 2024 en provenance de Sochaux, Vaz n’aura eu besoin que de quelques matchs pour devenir l’une des attractions de l’OM cette saison. Mais après un départ canon, ses dernières prestations moins convaincantes, ajoutées au besoin urgent des olympiens de vendre, l’on conduit à rejoindre la Roma pour 25 millions d’euros.

« La jeunesse s’enfuit sans jamais revenir »

Si les phrases convenues n’ont pas toujours grand intérêt, cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas vraies. Car oui, lorsque nos jeunes joueurs quittent la Ligue 1, ils n’y reviennent que très rarement. Ou alors en fin de carrière… Pour boucler la boucle avec leur club formateur, qu’ils ont justement dû quitter très tôt. Après tout, partir pour mieux revenir, c’est aussi parfois raviver le désir.

Nos jeunes talents partent toujours, ou presque. Pour des raisons parfois aussi bien sportives qu’économiques. Un joueur du talent de Sidiki Chérif aurait peut-être été rapidement trop grand pour un club comme le SCO d’Angers. A contrario, certains jeunes partent dans l’optique de toucher un plus gros salaire, quand bien même l’attrait sportif peut nous paraitre, à nous observateurs, limité. Les départs de Saïmon Bouabré, 19 ans (ex AS Monaco), et de Nathan Zeze, 20 ans (ex FC Nantes), vers Neom en Arabie Saoudite ont beaucoup fait parlé cet été.

Le football français à la croisée des chemins

Bien souvent, les clubs sont économiquement gagnants à court et moyen terme. Même si sportivement, un exode prématuré des meilleurs talents, est dommageable pour la compétitivité de la Ligue 1, voire même pour l’attractivité des diffuseurs TV.

Du point de vue des joueurs, s’offrir un challenge sportif dans un club plus compétitif ou bien s’assurer des revenus suffisants pour le restant de ses jours, restent leur liberté la plus stricte.

Mais il y a forcément un perdant dans l’histoire. Et celui-ci se trouve souvent autour de la pelouse ou derrière son écran : le supporter. Nombreux peuvent s’interroger quant à l’intérêt d’entretenir de l’affect avec un jeune joueur issu du centre de formation de son club de cœur, si celui-ci fait d’ores et déjà l’objet d’une vente, avant même d’avoir disputé une saison complète en professionnel.

À qui la faute ? Probablement aux dirigeants du football français ! Incapables pour la plupart, de construire un football français au modèle sportif viable et à la santé économique pérenne. Constamment soumis aux menaces de sanctions du Fair Play Financier ou de la DNCG, nos clubs doivent se réinventer. Ne serait-il pas préférable de cultiver les liens socio-affectifs, mis à mal par le « football business », entre supporters, joueurs et dirigeants, plutôt que d’alimenter un système à bout de souffle ? Doit-on s’enorgueillir de la vente réussie d’un joueur resté à peine plus d’un an dans son club ? Comment décorréler le football de son essence sportive et émotive, de sa mutation vers une entité principalement économique ? Un constat qui flirte sans doute entre démagogie et regard critique. Certains diront que ce n’est que du business. D’autres essentialiseront le football et le sport en général, comme ciment de lien social.

À la fin des fins, il faut accepter. Accepter que le monde change et le sport avec. Vivre avec son temps ne veut pas dire l’embrasser aveuglément. Et s’il faut trouver une sortie heureuse à cette analyse, il suffit de se rendre à l’évidence. Si notre football français reste performant en tous temps, c’est que la France a toujours d’incroyables talents.

À lire également : La jeunesse au rendez-vous de la CAN

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FAQ sur le joueur

  • Quel âge a Jérémy Jacquet ?
    Jérémy Jacquet a 20 ans. Sa date de naissance est le 2005-07-13.
  • À quel poste joue Jérémy Jacquet ?
    Jérémy Jacquet évolue principalement comme Défenseur central.
  • Dans quel club de foot joue Jérémy Jacquet ?
    Jérémy Jacquet joue actuellement au Stade Rennais FC.
  • Quel âge a Kader Meïté ?
    Kader Meïté a 18 ans. Sa date de naissance est le 2007-10-11.
  • À quel poste joue Kader Meïté ?
    Kader Meïté évolue principalement comme Avant-centre.
  • Dans quel club de foot joue Kader Meïté ?
    Kader Meïté joue actuellement au Al-Hilal SFC.
  • Quel âge a Robinio Vaz ?
    Robinio Vaz a 18 ans. Sa date de naissance est le 2007-02-17.
  • À quel poste joue Robinio Vaz ?
    Robinio Vaz évolue principalement comme Avant-centre.
  • Dans quel club de foot joue Robinio Vaz ?
    Robinio Vaz joue actuellement au AS Roma.
  • Quel âge a Sidiki Chérif ?
    Sidiki Chérif a 19 ans. Sa date de naissance est le 2006-12-15.
  • À quel poste joue Sidiki Chérif ?
    Sidiki Chérif évolue principalement comme Avant-centre.
  • Dans quel club de foot joue Sidiki Chérif ?
    Sidiki Chérif joue actuellement au Fenerbahce.

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